La mise à l’herbe : réussir sa transition alimentaire et optimiser ses pâtures pour prévenir les infestations parasitaires

Le printemps est là et vous commencez à mettre vos animaux à l’herbe. Cette période est délicate, tant au niveau de la transition alimentaire que de l’infestation parasitaire. Voyons ensemble comment préparer cette transition en amont et vérifier un certains nombre de points.
GDS Creuse => La mise à l’herbe induit des perturbations chez les ruminants. Le rumen renferme une population microbienne en équilibre avec le substrat. Ce substrat est fonction de la présentation physique et la composition chimique des aliments. Tout changement d’aliment entraîne une modification du substrat avec une perturbation de la population microbienne pendant 15 jours, d’autant plus forte que le changement alimentaire est important, cela demande 1 mois pour retrouver l’équilibre.
Des parcelles prêtes à accueillir les animaux
Durant la période hivernale, les installations ont pu subir des dommages. Il faut alors vérifier les clôtures, s’assurer que rien ne les a endommagées ou gêne la transmission du courant. Avoir de bonnes clôtures, permet de prévenir la divagation des animaux et de diminuer des risques de contamination entre troupeaux. Vous devez également effectuer un inventaire des points d’eau (abords, quantité, qualité…). Ces derniers doivent être accessibles à tous, en pensant bien aux jeunes (veaux, agnelles, chevrettes).
Complémenter les jeunes
Pour les veaux, agnelles et chevrettes, le changement va être le plus important. Ils vont passer d’un statut quasi sédentaire à une activité musculaire importante d’où la nécessité de complémentation en sélénium afin de prévenir la myopathie-dyspnée ou « raide ». Plusieurs solutions s’offrent à vous, que ce soit par voie orale ou injectable (consultez votre vétérinaire ou votre nutritionniste).
Prévenir l’entérotoxémie
Si la transition alimentaire n’est pas correctement maîtrisée, les animaux peuvent manifester les symptômes de l’entérotoxémie : mort subite due aux toxines de germes anaérobies (clostridium), avec des animaux fébriles et éventuellement des symptômes nerveux. La mort survient en moins de 24h généralement et il est possible de la prévenir en en respectant la transition alimentaire :
- étaler sur 3 semaines la mise à l’herbe (progressivement)
- un excès d’azote soluble entraîne une diarrhée profuse (transit trop rapide), il faut alors que l’animal puisse se réhydrater
- sortir les animaux progressivement (de quelques heures / j à 1 journée entière en laissant accès à la ration hivernale)
- laisser à disposition du foin ou de la paille
- mettre du sel à disposition
Il est également possible de vacciner les animaux (contacter votre vétérinaire). La couverture vaccinale n’est pas totale compte-tenu du grand nombre de clostridies impliquées mais c’est une protection supplémentaire. La primovaccination (première vaccination dans la vie d’un animal) nécessite deux injections espacées de 4 à 6 semaines.
Continuer de donner des minéraux
L’herbe jeune, surtout quand elle provient de prairies temporaires à flore peu variée ou dans le cas de prairies permanentes à flore dégradée, est souvent pauvre en certains minéraux importants : sodium, magnésium. Vous assurez donc un apport de sel pendant toute la période estivale et une complémentation en magnésium à la mise à l’herbe ou en cas de repousse rapide, afin de prévenir la tétanie d’herbage.
Nettoyer et désinfecter le matériel et les bâtiments d’élevage
Lors de la sortie printanière des animaux, vous êtes amenés à utiliser des bétaillères qui peuvent être communes à plusieurs élevages, et il faut donc les nettoyer et les désinfecter entre chaque utilisation. De même pour le bâtiment, profitez de ce vide sanitaire pour le nettoyer et le désinfecter à l’aide d’un produit adapté à la problématique de l’élevage (cryptosporidies, coccidies, poux…). Ce sont des mesures de biosécurité qui permettent de prévenir la maladie plutôt que de la traiter, sachant que dans le cadre du plan Eco-antibio, il est de plus en plus difficile d’avoir accès à certains antibiotiques.
Contactez le GDS Corse ou votre vétérinaire pour vous accompagner.
Sachez que nos techniciens peuvent vous conseiller sur les problématiques de désinfection et de nettoyage.
Le cycle des vers gastro-intestinaux
Au moment de la mise à l’herbe précoce des animaux, il reste quelques larves de strongles sur le pâturage. Elles sont alors ingérées et démarrent ainsi leur cycle de reproduction. Cette 1ère ingestion est le départ de nouvelles infections qui vont gagner en intensité au fil des passages répétés dans une même parcelle ou sur un même parcours. 10 à 12 jours après l’ingestion des larves, leurs œufs deviennent infectieux et sont excrétés dans le milieu. il faut alors changer les animaux de parc tous les 15 jours à 3 semaines. Pour faire baisser la population de strongles de 80 à 90%, il faudrait attendre 10 à 12 semaines avant de revenir sur une même surface (délai variant en fonction de la température, de l’humidité…).
Limiter les traitements systématiques
C’est au travers de l’observation de vos animaux notamment que vous pourrez orienter votre choix (qui vermifuger ? qui ne pas vermifuger?). Sur les troupeaux de chèvres, la méthode FAMACHA (observation de la couleur des muqueuses oculaires pour déduire le taux d’anémie et le corréler au taux d’infestation par des vers, notamment Haemonchus contortus) permet de séparer 20 à 30% des animaux ne nécessitant pas de traitement (étude réalisée par le FIBL en 2018).
Film : lutte contre les parasites chez les chèvres ou les brebis
Identifier le bon vermifuge
L’efficacité des différentes matières actives présentes sur le marché varie d’une exploitation à l’autre. Cette différence dépend fortement de l’historique de chaque élevage, des moyens de traitements utilisés et de leur fréquence, ainsi que de la méthode de pâture. Afin de déterminer quelles sont les matières actives inefficaces sur un troupeau (en dessous de 95 % d’efficacité, le risque d’accélérer le développement des résistances est très haut), il est fortement conseillé de procéder à une analyse coprologique, directement suivi d’un vermifuge, puis de répéter l’analyse sur les mêmes animaux 10 jours plus tard. La différence du nombre de strongles avant et après traitement déterminera le pourcentage d’efficacité du produit.
N’hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou le GDS Corse pour tout complément d’information.
Pour en savoir plus
La fiche technique: «Maîtriser durablement les parasites de pâtures chez les ovins et les caprins» (FiBL)