ALERTE DNCB – Sardaigne – Bovins – Vigilance maximale

Un premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été confirmé le 21/06/2025 en Sardaigne (Nuoro et Orani) au sein d’un élevage de 131 bovins (source ADIS). Sept animaux ont présenté des signes cliniques. Toutes les mesures de sécurité ont été mises en place en urgence par les autorités sanitaires italiennes. Un second foyer, en lien avec le premier, a été enregistré le 25/06/2025 en Lombardie. Ces dernières considèrent que, compte tenu de la présence de la maladie en Afrique du Nord et de son absence actuelle dans d’autres pays et de l’expérience italienne dans la gestion des maladies vectorielles (comme la fièvre catarrhale et l’EHDV), l’origine de l’épidémie serait due à des vagues de vecteurs hématophages.
Une épizootie avait été observée en Europe dans les Balkans en 2015-2017. Elle a été éradiquée grâce à un ensemble de mesures de gestion, parmi lesquelles une campagne de vaccination régionale qui a joué un rôle déterminant. La DNC est présente en Afrique du Nord depuis 2023 (Libye, Algérie, Tunisie) (source : EFSA 21/03/2019). Le dernier foyer observé en Europe datait du 10 octobre 2017 au Monténégro.
En Tunisie, une vaccination au moyen d’un vaccin homologue a été initiée le 07/12/2024, ciblant tous les bovins sur tout le territoire du pays (source : Wahis le 07/03/2025). La vaccination est aussi pratiquée en Algérie et en Libye.
Qu’est ce que c’est ?
Maladie virale des bovins elle se caractérise par une apparition brutale de nodule sur la peau et les muqueuses internes et une forte fièvre. Elle est causée par un virus de la famille de Poxviridae, le même genre que les virus des varioles ovine et caprine. Cette maladie n’est pas une zoonose (non transmissible à l’Homme). Par contre, d’après les données actuelles, il ne semble pas exclu que les ovins ou caprins puissent constituer un relai épidémiologique. Les pertes économiques dans les élevages touchés sont liées à des troubles de la fertilité, des avortements, des lésions sur la peau… Le taux de morbidité (animaux malades) varie de 5 à 90% et la mortalité varie également (généralement <10%), et elles seraient dépendantes des conditions d’élevage et d’autres facteurs individuels qui influencent la sévérité des signes cliniques. Elle fait partie des maladies classées ADE (déclaration et éradication obligatoire).
Aucun traitement n’existe à ce jour.
Quels symptômes peuvent nous alerter ?
La période d’incubation est de 4 à 14 jours (temps entre l’infection et la manifestation des symptômes), mais peut atteindre 1 mois.
1ère phase :
Hyperthermie (pouvant atteindre 41°C), avec abattement, anorexie, larmoiement, jetage et qui peut durer 2 semaines. Cela précède l’apparition des signes cutanées. Par la suite les ganglions peuvent gonfler et décupler de volume.
2ème phase :
Apparition de nodules durs, arrondis et indolores (0,5 à 6 cm de diamètre), non adhérents. Préférentiellement ils se développent sur la tête (autour des yeux et du mufle), le cou et les membres). Il peut y avoir aussi des nodules sur les muqueuses et des atteintes mammaire avec un œdème prononcé.




3ème phase :
Les nodules finissent peuvent se dessécher et se nécroser.
Cas exceptionnels :
Des formes bénignes existent sans les nodules, mais la fièvre est constante comme symptômes.
Encore une maladie vectorielle
Elle se transmet préférentiellement par les insectes hématophages, comme les Stomoxes mais les moustiques et les culicoïdes pourraient aussi être impliqués.
La transmission directe et transmission indirecte (par ex, via l’abreuvoir) sont considérées comme possibles, même si ces modes de transmission semblent avoir une moindre importance dans l’épidémiologie de la maladie.
Un vaccin existe, mais pas encore chez nous !
Actuellement l’Union Européenne soutient une campagne de vaccination dans les pays touchés, mais il n’existe pas d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) en Europe. Le seul vaccin actuellement disponible est un vaccin vivant atténué sud-africain.
Comment faire le diagnostic ?
Dès l’apparition de symptômes suspects, contactez votre vétérinaire sans délai.
La DNC peut être confondue avec la besnoitiose, le varron, la leucose cutanée, le dermatophilose.
Pour les prélèvements, sur animal vivant, il faut prévoir :
- biopsies de 2 à 4 nodules / animal dans un tube sec (qui en début d’évolution ne peuvent être identifiés que par palpation)
- prise de sang sur tube EDTA pour analyse PCR (recherche du génome viral)
- le cas échéant prélèvement par écouvillons (avec PBS et antibiotiques) des sécrétions oculaires, orales et nasales (selon les signes cliniques associés) pour recherche PCR et culture (ATTENTION PAS D’ECOUVILLONS SECS)
Les prélèvements doivent être acheminés au LNR Capripox à Montferrier.
Dès lors que la suspicion est validée, l’élevage est placé sous APMS. Ce dernier sera établi en lien avec la MUS (Mission des Urgences Sanitaires) et portera notamment sur les mesures de restriction de mouvements, de désinsectisation préventive et d’investigations épidémiologiques.
INFIRMATION DU CAS : levée d’APMS
CONFIRMATION DU CAS : mise sous APDI, qui prévoira les mesures d’abattage, de zonage et le cas échéant de vaccination et de désinsectisation.
Les interventions vétérinaires, les frais d’analyse, l’indemnisation d’animaux abattus ou de produits
détruits sur ordre de l’Administration sont pris en charge par l’Etat.
Appel à la vigilance !
Les points cruciaux :
- Vigilance quotidienne de l’état de santé des animaux par les éleveurs et renforcer la surveillance en estive
- Si vous ne l’avez pas encore fait, application préventive d’antiparasitaires externes. A renouveler en suivant le Résumé Caractéristiques Produit.
- Appel de l’éleveur à son vétérinaire sanitaire de l’élevage en cas d’alerte : si vous constatez les signes cliniques évocateurs, contactez sans délai votre vétérinaire. Pour les vétérinaires voir informations diffusées par le GTV Corse
- Biosécurité dans les moyens de transports des animaux vivants et en élevage, avec entre autres l’isolement des nouveaux animaux introduits dans l’exploitation pendant une période d’observation.
- Origine des animaux introduits en France ainsi que la tenue à jour du registre des animaux présents dans l’exploitation et de leurs mouvements. A noter qu’il n’y a pas eu de mouvements de bovins au départ de la Sardaigne vers la France depuis le 15 mai.
- Ne pas introduire de bovins de Sardaigne
- Pour la solidarité entre filières et tant que le rôle réservoir des ovins n’est pas exclu, éviter l’introduction d’ovins et de caprins depuis la Sardaigne
- Même mesures que pour la gestion des culicoïdes : attention aux eaux stagnantes, préférer les zones les plus sécurisées concernant la présence de moucherons piqueurs