SHAMONDA-EUROPE, nouvel orthobunyavirus bovin
A ce jour, aucun cas n’est signalé en Corse. Cet article est une information de veille destinée à l’ensemble des éleveurs et vétérinaires de l’île — bovins comme ovins et caprins, ces derniers restant, à ce stade, non confirmés porteurs.
Que se passe-t-il ?
Depuis le début de l’été 2026, des vétérinaires signalent dans plusieurs élevages de l’est de la France, ainsi qu’en Suisse et en Allemagne, l’apparition d’un syndrome associant diarrhée aiguë, fièvre transitoire, abattement et baisse de la production laitière. Ces signes ont d’abord été repérés en élevage laitier, où la chute de production est un indicateur précoce et facilement mesurable — mais le virus n’est pas propre aux systèmes laitiers : le ministère de l’Agriculture considère les bovins, sans distinction de système d’élevage, comme les hôtes les plus répandus, et n’exclut pas que les petits ruminants soient également des hôtes du virus. Les investigations menées par l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT) ont permis d’identifier un nouvel orthobunyavirus du sérogroupe Simbu — le même groupe que le virus Schmallenberg, bien connu et présent en France depuis 2012. Ce nouveau virus, proche du virus Shamonda déjà décrit en Afrique et en Asie mais présentant des caractéristiques génétiques distinctes, a été provisoirement désigné « Shamonda-like » puis renommé Shamonda-Europe.
Origine du virus
Le virus Shamonda a été détecté pour la première fois au Nigeria au milieu des années 1960. Jusqu’en 2026, il n’avait été signalé que de façon sporadique en Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe, ainsi qu’au Japon. Son apparition en Allemagne, en Suisse et en France à l’été 2026 constitue donc une première pour l’Europe — d’où l’appellation « Shamonda-Europe » retenue par le réseau des GDS pour désigner cette souche européenne.
Situation épidémiologique
La circulation du virus s’est étendue depuis les premiers foyers. En France, les cas confirmés concernent à ce jour les départements suivants : Ain, Ardennes, Calvados, Cantal, Côte-d’Or, Doubs, Jura, Haute-Loire, Loire, Manche, Puy-de-Dôme, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Savoie et Haute-Savoie. Seuls des bovins ont été confirmés positifs ; les suspicions relevées chez des petits ruminants ont, à ce stade, toutes été infirmées.
La virémie chez l’adulte est très courte (associée à la phase de fièvre). Les prélèvements sanguins doivent être réalisés très tôt, idéalement au moment du pic de fièvre. Une fois la diarrhée installée ou la fièvre tombée, le virus n’est souvent plus détectable dans le sang.
Au niveau européen, le virus a également été détecté en Allemagne (avec une extension vers de nouveaux Länder), en Suisse, aux Pays-Bas (Frise, Limbourg) et en Belgique, où sa présence a été confirmée chez des bovins et chez des ovins asymptomatiques. La situation reste évolutive ; la liste des départements touchés est actualisée chaque semaine par la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (ESA).
Signes cliniques à surveiller
- Diarrhée aiguë
- Episode de fièvre précoce, généralement bref et transitoire
- Abattement et/ou baisse d’activité digestive (diminution de la rumination)
- Baisse parfois importante de la production laitière
- Avortements, précoces ou tardifs, déjà observés dans les zones touchées (en cas d’avortement lors des mises bas de l’automne et de l’hiver, contactez votre vétérinaire)
Le virus touche actuellement les bovins ; une extension aux petits ruminants n’est pas exclue par le ministère de l’Agriculture et fait l’objet d’une surveillance renforcée. C’est en particulier ce risque pour les femelles gestantes — bovines, ovines ou caprines — qui concerne directement la Corse, où l’élevage est très majoritairement ovin/caprin : avortements et malformations congénitales pouvant apparaître plusieurs mois après l’infection, comme cela est décrit pour le virus Schmallenberg.
Transmission
Comme les autres virus du sérogroupe Simbu, Shamonda-Europe se transmet par voie vectorielle, via des moucherons piqueurs du genre Culicoides — les mêmes vecteurs que ceux de la FCO et de la MHE. Il n’existe aucune preuve d’une transmission directe significative d’un animal à l’autre, à l’exception de la transmission verticale de la mère à sa descendance pendant la gestation.
Un impact à relativiser
Le ministère de l’Agriculture souligne que l’impact de ce virus est, pour le moment, jugé faible dans les élevages touchés, et rappelle qu’il n’est en rien comparable à la dermatose nodulaire contagieuse bovine, dont les effets sur la santé des bovins sont bien plus sévères.
Risque pour l’homme et les consommateurs
A ce jour, comme pour les autres virus du même groupe, rien n’indique que ce virus soit transmissible à l’homme. Aucun danger n’a été identifié pour la consommation de lait ou de viande.
Statut réglementaire
Shamonda-Europe (SHAV) n’est pas une maladie réglementée aux niveaux français, européen ou international : elle n’est pas catégorisée au titre de la législation sur la santé animale de l’Union européenne (LSA) et n’est soumise à aucune mesure officielle de surveillance ou de lutte, y compris auprès de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Aucun abattage n’est imposé par la réglementation en cas d’infection.
Nos recommandations aux éleveurs
- En cas de signes cliniques évocateurs, rapprochez-vous de votre vétérinaire traitant pour un diagnostic différentiel et un traitement symptomatique adapté.
- Surveillez les femelles gestantes et les naissances dans les mois à venir.
- Rappel : la déclaration des avortements reste obligatoire dans le cadre de la surveillance de la brucellose ; c’est aussi l’occasion d’en rechercher l’origine.
- Protégez les troupeaux contre les moucherons Culicoides : bonne gestion des effluents, des litières et des zones de stockage à proximité des animaux.
- Maintenez vos animaux en bon état sanitaire général (eau propre, alimentation équilibrée, apports en minéraux et vitamines).
- Il n’existe à ce jour aucun vaccin disponible contre ce virus.
- Avant toute opération de désinsectisation, pensez à la protection des ruchers situés à proximité des élevages : certains insecticides présentent un risque pour les colonies d’abeilles.
Fiche pratique éleveurs (GDS France / SNGTV)
Le réseau GDS France et la SNGTV mettent à disposition des éleveurs une fiche synthétique reprenant les signes cliniques, les modalités de transmission, la conduite à tenir et les mesures de prévention. Vous pouvez la consulter ci-dessous ou l’imprimer pour affichage en exploitation.
Source : GDS France / SNGTV — Fiche éleveurs du 14/08/2026
Sources
- Plateforme ESA — Note d’information du 04/08/2026
- Plateforme ESA — Point d’information au 20/08/2026 (GDS Poitou-Charentes)
- GDS France — Communication Shamonda-Europe
- GDS France / SNGTV — Fiche éleveurs Shamonda-Europe du 14/08/2026
- Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire — fiche Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus
- Friedrich-Loeffler-Institut, OSAV, OMSA — fiche technique Schmallenberg
GDS Corse assure une veille active sur ce dossier en lien avec la Plateforme ESA, GDS France et le réseau GTV Corse. Cet article sera mis à jour en fonction de l’évolution de la situation et de l’éventuelle apparition de cas sur le territoire corse.