Besnoitiose bovine : un premier cas identifié en Corse-du-Sud
La besnoitiose : mieux connaître la maladie pour agir vite
Le premier cas de besnoitiose bovine vient d’être officiellement détecté en Corse-du-Sud. Cette maladie parasitaire vectorielle, longtemps cantonnée au continent, progresse régulièrement. Face à ce risque d’extension pour nos élevages, le GDS Corse fait le point sur la maladie et les stratégies de lutte à adopter d’urgence.
1. Qu’est-ce que la besnoitiose bovine ?
La besnoitiose est une maladie parasitaire due à un parasite microscopique (Besnoitia besnoiti) transmis principalement d’un bovin à l’autre par des insectes piqueurs (taons, stomoxes) actifs de mars à décembre, bien que des contaminations hivernales restent possibles. Une transmission iatrogène existe également, via l’utilisation d’aiguilles à usage multiple.
Après l’inoculation, le parasite se multiplie et envahit l’ensemble des organes en formant des milliers de petits kystes qui persistent toute la vie de l’animal. Seuls les bovins sont touchés, avec une sensibilité marquée chez les mâles, qui peuvent devenir définitivement stériles. Ce n’est pas une zoonose.
2. Reconnaître la maladie : les trois phases cliniques
Seule une partie des animaux contaminés exprime des signes cliniques, qui apparaissent environ une semaine après la contamination. Trois phases se succèdent.
Phase 1 — la phase fébrile (3 à 10 jours)
L’animal présente de la fièvre (40-41 °C), s’isole et perd l’appétit. On observe un larmoiement, un jetage clair, une peau chaude et douloureuse, ainsi qu’une congestion des muqueuses.
Attention : les tests sérologiques restent négatifs à ce stade. Le diagnostic différentiel est difficile avec la FCO, le coryza gangréneux ou les bronchopneumonies.
Phase 2 — la phase des œdèmes (1 à 2 semaines)
Des œdèmes bien visibles apparaissent à la tête et à l’extrémité des membres, gênant les déplacements de l’animal. Une hypertrophie testiculaire est possible chez les mâles.
Un traitement à base de fortes doses de sulfamides n’est efficace que dans ces tout premiers jours, à raisonner avec le vétérinaire sanitaire.
Phase 3 — la phase de dépilation et de sclérodermie (à partir de 6 semaines)
La peau s’épaissit durablement (« peau d’éléphant ») et se craquelle au niveau des articulations, avec des surinfections fréquentes. Cette évolution touche des zones très diverses du corps, comme le montrent les deux clichés ci-dessous, pris sur la région inguinale et les membres postérieurs.
Des kystes peuvent apparaître sur la sclère oculaire (le blanc de l’œil) ; c’est également à ce stade que les tests sérologiques deviennent positifs.
L’évolution se traduit aussi par des pertes de poils et un amaigrissement sévère, pouvant conduire à l’euthanasie ou à la mort de l’animal.
3. Pourquoi se prémunir ? Les enjeux économiques
En l’absence de vaccin et de traitement curatif total — les traitements disponibles stoppent au mieux l’évolution des symptômes —, la besnoitiose se propage rapidement dans un cheptel non protégé (20 à 40 % de nouvelles infections par an). Les conséquences économiques sont lourdes :
- jusqu’à 10 % de mortalité ;
- des réformes précoces, des moins-values commerciales et des frais d’euthanasie ;
- un risque de stérilité du taureau, qui complique fortement le renouvellement et le niveau génétique du troupeau.
Rappel important : un animal traité et guéri en apparence reste porteur à vie du parasite et constitue un réservoir de contagion pour le troupeau.
4. Prévention et biosécurité en élevage
Plusieurs mesures de précaution permettent de protéger un cheptel :
- Limiter les contacts : éviter les pâturages collectifs ou maintenir une distance minimale de 100 mètres avec des animaux infectés voisins.
- Maîtriser les introductions : n’introduire que des animaux rigoureusement contrôlés par un dépistage sérologique préalable, quel que soit leur âge.
- Soigner avec du matériel adapté : utiliser impérativement des aiguilles à usage unique lors des prophylaxies et des traitements en série.
- Lutter contre les insectes : limiter leur prolifération et protéger les animaux les plus exposés.
5. Dépistage et stratégie de gestion
Le diagnostic s’appuie sur une analyse sérologique ELISA, dont les premiers résultats positifs doivent être confirmés par un test Western-Blot en cas de doute sur le tableau clinique. Le dépistage des veaux de moins de 6 mois est déconseillé, en raison des interférences colostrales maternelles.
Selon la séroprévalence de l’élevage, des plans d’assainissement rigoureux — isolement et réforme par vagues des animaux séropositifs ou présentant des signes cliniques, combinés à une gestion stricte en lots — permettent d’assainir durablement un cheptel, y compris dans les élevages fortement touchés.
Agissons ensemble en Corse
La découverte de ce premier cas en Corse-du-Sud nous rappelle que la vigilance doit être collective. En cas de doute ou de suspicion de signes cliniques, isolez immédiatement l’animal concerné, prévenez votre vétérinaire sanitaire et contactez le GDS Corse pour mettre en place les analyses et la stratégie de lutte adaptées.